L’autre jour, passant devant ma banque, j’ai eu l’idée de déposer quelques billets que j’avais récupérés – non, pas sur des fonds secrets ! Je ne sais pas si « votre » banque, ou en tout cas, votre agence bancaire est comme la mienne, mais pour y déposer des fonds, du liquide, il suffit de disposer d’une carte bancaire – et si on n’en a pas on peut, paraît-il s’en faire délivrer une « provisoire », mais je n’ai pas essayé, de toute façon, je suis bardé de cartes bancaires – et de placer les billets dans le bon sens, sinon les billets ne sont pas reconnus, puis de répondre à quelques questions simples… et l’argent est sur votre compte. Malheureusement, une petite affichette manuscrite collée sur l’automate signalait qu’il était « H.S. », ce que j’ai interprété comme signifiant « hors service ». Je n’ai donc pas hésité à me mettre dans la file d’attente pour accéder à l’accueil, avec ma liasse de billets –tous identiques et bien rangés – à la main. J’ai donc d’abord entendu les doléances de la petite vieille qui s’inquiétait de l’arrivée de sa pension, alors que par internet, elle aurait pu, sans se déranger, savoir que son compte était bien crédité. Quel dommage que les nonagénaires ne soient pas tous formés à l’informatique ni raccordés au haut débit ! Après quoi, un jeune couple a récupéré ses carnets de chèque, sans se douter de l’obsolescence de ce moyen de paiement que l’Europe est loin de nous envier. Enfin, j’ai pu quand même exposer mon souhait de déposer mes billets. Ce à quoi, il m’a été répondu qu’il fallait passer par l’automate ! « – Mais il est en panne ! – Oui, bien sûr, mais ce n’est pas de notre faute, c’est la société qui assure les connexions qui a un problème. – Alors qu’est-ce que je fais pour déposer mon argent ? – Vous allez dans une autre agence, je peux vous donner son adresse ! – Mais je suis à pied, là. Je faisais mes courses et je suis venu, à pied en passant ! (En même temps j’agitais sous le nez du jeune homme souriant qui me faisait face, le cabas vide que j’avais à l’autre main, tout en me gardant bien de lui dire que ma voiture était sur le parking d’un supermarché voisin) – Alors nous sommes désolés ! – Eh non, c’est moi qui suis désolé ! Mais vous avez bien une procédure de secours ? – Ah, non ! Il n’y a plus de guichet maintenant, nous ne pouvons donc plus prendre d’argent ! » Bon, j’abrège, car il est inutile de parler de mon « conseiller financier » qui, alerté par la discussion, est venu me dire bonjour et me confirmer que j’avais intérêt à aller voir ailleurs… ou à attendre que la panne soit résolue. Je suis donc parti, après avoir remis mon argent dans ma poche – inutile de provoquer toute la misère du monde qui, malgré un remarquable ex-premier ministre, a fini par envahir nos campagnes (et même nos villes) – en me demandant qui, désormais, était au service de qui, dans notre société, et en maudissant ces informaticiens grâce auxquels quand on ne discute pas avec des automates au téléphone, on les rencontre sous forme d’ »hubots » à l’intérieur de nos agences habituelles. Mais après tout, comme dans la série suédoise « 100 % humains », ne sommes-nous pas responsables de nos créations, à l’instar d’Einstein découvrant les effroyables potentialités de la bombe atomique, après Hiroshima et Nagasaki ? Et c’est alors que je me souvins avoir été consultant informatique, spécialiste en management de grands projets informatiques !