Le onze novembre est propice aux hommages rendus aux victimes, notamment militaires, de toutes les guerres. Mais si nous nous penchons avec respect et indignation, chagrin et tristesse, sur notre passé et sur tous ces disparus dont le souvenir nous hante, nous ne devons pas oublier pour autant ceux qui aujourd’hui ont choisi de se mettre au service de la Nation dans le métier des armes.
Or, depuis deux ans déjà, la paie, de l’Armée de Terre au moins, constitue un véritable scandale informatique. Une rapide enquête sur internet donne des explications globales sur les causes d’un désastre qui a eu notamment des répercussions graves sur des familles de militaires.

Pour en savoir plus à ce sujet, il suffit de se référer par exemple à http://www.lexpress.fr/actualite/societe/programme-louvois-ces-soldats-a-la-merci-d-un-logiciel_1288106.html#UrvcbrEyhBYhKzOB.99, et tout récemment à http://defense.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2013/10/24/louvois-ca-s-ameliore-doucement-12284.html

Mais le phénomène est loin d’être un scoop, puisqu’il a été par exemple cité à quatre reprises par « Le Canard Enchaîné », les 21/12/2011 (citant lui-même « Le Parisien » du 15/12/2011), 20/02/2013, 12/06/2013, 19/06/2013 et 07/08/2013.

Mais revenons aux raisons que nous pouvons suspecter d’avoir conduit à un échec, faute d’avoir accès à des dossiers certainement confidentiels.
La société retenue, pour réaliser une synthèse des cinq systèmes de gestion qui existaient en 2009 au sein du Ministère de la Défense, était une société dont la réputation n’était plus à faire, la Stéria.
Malheureusement, il semble que les responsables chargés du projet aient accepté de procéder aux livraisons opérationnelles sans procéder à tous les tests préalables nécessaires.
Si cette information est vérifiée, elle confirmerait la tendance classique des projets mal terminés, à savoir dépassement de budget (ou budget mal évalué) ou – non exclusif – dépassement des délais (ou encore planification mal prévue et mal suivie).
Comme nous le savons, la maitrise insuffisante d’un projet est imputable en général à la fois à la maîtrise d’œuvre et à la maîtrise d’ouvrage. Espérons que l’enquête parlementaire en cours saura départager les torts !

Mais il semble aussi, à la lecture de certains articles publiés sur cette affaire, que l’origine initiale des problèmes tient au fait que les militaires peuvent se voir attribuer cent-soixante-dix primes différentes ! Il n’est pas question de contester la légitimité de ces diverses primes, mais il est clair qu’un effort de rationalisation et de simplification des conditions d’attribution de ces primes aurait peut-être facilité l’organisation du logiciel et des tests assurant sa qualité avant sa mise en service.
Rappelons-nous d’ailleurs – mais c’est vrai, tout cela est d’un autre siècle ! – qu’une méthode simple de programmation avait été, antan, créée, à l’usage de la Gendarmerie justement, pour traiter « sans réfléchir » les cas de traitements variés et multiple. Elle s’appelait CORIG-A, si ma mémoire est fidèle. Personnellement je préférais LCP qui faisait appel à l’algèbre de Boole, pour simplifier, avant de programmer.

Mais il est probable que ces noms ne signifient plus rien pour des gens qui ne se réfèrent plus qu’aux méthodes dites agiles. Il y a donc encore du souci à se faire, malgré les colères des hauts responsables de l’Etat, pour la paie des « biffins », puisque les autres, à juste titre, ne se sont toujours pas ralliés à Louvois !